Diesel (prononcez mourir seul), dans le comté de Cash, était une ville à vocation désormais balnéaire. Entendez par là, qu'elle se ne nourrissait plus qu'exclusivement de touristes. Son Golf, son tournoi de tennis sur gazon, son casino, sa thalasso, ses ballades en mer, son festival en tout genre, ses terrasses à moules-frites et, bien sûr, Sa Plage pour qui supportait les galets ronds. Ce n'était pas mon cas mais je n'étais pas non plus touriste, en tout cas, pas dans l'acception courante du terme. J'en vivais, comme les autres, autant que faire se faire se peut : j'étais bouquiniste indépendant, entendez non appointé par la mairie ce qui, à Diesel, en ce qui concerne la culture était une chose rare voire inédite. Figurez-vous que Diesel, comté de Cash, à l'instar de Pékin, était une ville communiste. Pour ne pas crever de faim, vous n'aviez donc guère de choix : vous bouffiez du touriste ou vous bossiez pour la ville qui, elle, bouffait du commerçant. La chaîne alimentaire était parfaitement respectée. La pieuvre locale se terrait donc à la mairie et balançait ses tentacules sur le moindre rond piqué aux russes, chinois, anglais qui s'aventuraient dans nos eaux.
Bien sûr, vous aviez aussi le choix de vous bourrer la gueule toute la sainte journée, de toucher les allocs et surtout, de ne pas oublier de voter communiste aux prochaines élections. Et plus d'un habitant de Diesel, ne manquait pas de le faire, soucieux du standing que lui offrait une mairie qui savait que les plus nombreux n'étaient pas les plus riches. Autant vous dire que les gens étaient bien contents à Diesel et ne se pressaient pas aux portes de la ville pour foutre le camps. Leurs gamins ne trainaient pas longtemps hors du giron, faisaient deux ans études au max à Bristol (en rêgle générale la plus proche) et revenaient bien au chaud faire du lard à Diesel. A ce niveau, c'était plus de l'esprit de clan ni même de l'esprit de famille mais bel et bien l'esprit de souche. Je ne vois pas d'autre explication aux flambées de méningite qui fauchaient la jeunesse de Diesel du premier âge jusqu'au lycée. Mais sans doute n'étais-je pas au bout de mes surprises. Je plaisante car de surprise il n'y avait que la méningite tant la ville roupillait repue d'elle-même et de ses excès de boisson, seul grand sport local par lequel Diesel se signalait (avec la méningite) d'un point de vue national (j'oubliais le choix du communisme comme motif à ne rien faire).
C'est dans cette ville que j'avais choisi d'officier pour y être né par mégarde entre deux escales et, désireux de poser mes deux malles, l'une pour moi et l'autre pour la librairie, je m'étais dit que, quitte à mourir un jour, autant faire comme le saumon qui, pour le coup, en profiter pour tirer le sien.