
Un rédacteur, même s’il n’est qu’un nihiliste aux ailes clouées aux portes de l’ennui, ne lâche jamais la bride. Il se contente de décrocher le téléphone, en ce Vendredi 14 Mars, au matin. L’injonction est lapidaire : »Ce soir, Moriarty au Cabaret Electric. Rendu de copie Lundi. Pas de bonne note à la clé. »
Assis au comptoir du Funiculaire, la nuit et la bière m’imposaient un constat sans appel. 33 ans, 30 dents mais un peu schyzo, à la colle de mes vieux et le cœur en berne, j’avais jamais foutu ce coup de poing dans la gueule, le seul qui compte; celui de la délivrance. Pas étonnant qu’il se soit toujours trouvé un boss pour me mettre en servitude. J’avais fait de tout, avais pointé à toutes les sauces, pour me retrouver au bout de la laisse rédactionnelle. Un coup sec dessus : »faut pisser de la copie Larsen! », et me voilà la bite à la main, au boulot. Ma tronche n’était rien qu’une vessie.
Je pointai donc au Cab’ Elec’. Le bouclard n’était ouvert que depuis 20 minutes mais une cinquantaine de personnes, assises en tailleur, monopolisait déjà le devant de la scène. Beaucoup de midinettes encartées chez Marrionaux - bon, pour les photos je devais être au premier rang. Je creusai un sillon en écrasant bien ce que je pouvais. Pure rancœur. Règle n°1 : toujours être en avance. Mais j’avais quelques bières d’avance.
En première partie, c’est Shubni, un artiste du coin qui a tenté d’enchanter les midinettes avec ses jolis « refrains perdus ». En dépit de certains textes manquant de force et une tendance à abuser du humming, cet homme seul nous a interprété une folk léchée avec un jeu de guitare sensible et fort évocateur, que je laissai flotter gentiment dans ma tête durant la pause. Probablement pour étouffer le mépris que m’inspiraient les beaufs qui n’avaient pas même daigné se lever pendant son set. Ils retrouvèrent leurs jambes pour accueillir les membres de Moriarty.
Assis au comptoir du Funiculaire, la nuit et la bière m’imposaient un constat sans appel. 33 ans, 30 dents mais un peu schyzo, à la colle de mes vieux et le cœur en berne, j’avais jamais foutu ce coup de poing dans la gueule, le seul qui compte; celui de la délivrance. Pas étonnant qu’il se soit toujours trouvé un boss pour me mettre en servitude. J’avais fait de tout, avais pointé à toutes les sauces, pour me retrouver au bout de la laisse rédactionnelle. Un coup sec dessus : »faut pisser de la copie Larsen! », et me voilà la bite à la main, au boulot. Ma tronche n’était rien qu’une vessie.
Je pointai donc au Cab’ Elec’. Le bouclard n’était ouvert que depuis 20 minutes mais une cinquantaine de personnes, assises en tailleur, monopolisait déjà le devant de la scène. Beaucoup de midinettes encartées chez Marrionaux - bon, pour les photos je devais être au premier rang. Je creusai un sillon en écrasant bien ce que je pouvais. Pure rancœur. Règle n°1 : toujours être en avance. Mais j’avais quelques bières d’avance.
En première partie, c’est Shubni, un artiste du coin qui a tenté d’enchanter les midinettes avec ses jolis « refrains perdus ». En dépit de certains textes manquant de force et une tendance à abuser du humming, cet homme seul nous a interprété une folk léchée avec un jeu de guitare sensible et fort évocateur, que je laissai flotter gentiment dans ma tête durant la pause. Probablement pour étouffer le mépris que m’inspiraient les beaufs qui n’avaient pas même daigné se lever pendant son set. Ils retrouvèrent leurs jambes pour accueillir les membres de Moriarty.
Moriarty c’est un univers qui vous submerge tout de go. Chaque instrument semble n’y vouloir chanter que sa propre solitude, une solitude de desperado, mais un étrange paradoxe les réunit dans la composition d’improbables scènes d’un Western intemporel. Batterie, guitares acoustique et steel pour le parfum; pour la couleur : harmonica, contrebasse et voix. Une voix dont Rosemary Moriarty ne libère la virtuosité qu’avec mesure, ce qui en renforce les effets.La folk de la famille Moriarty vous propulse dans le mythe hérité des cirques d
e l’Ouest. On y interprète la comédie humaine en alternant des balades mélancoliques sur l’errance, le départ pour la guerre ou la dernière heure d’un soldat ( le somptueux Cottonflower) avec des morceaux à l’humour un peu déglingué, toujours décalé. Voire franchement surréaliste, comme la reprise de Words are very unnecessary de Depech Mode dédiée à une tête de chevreuil empaillée que la chanteuse berce sur son sein (le gauche). Sur l’autre repose ma tête. Sous le charme mais jamais à l’aise. Moriarty interprète le grand foutoir, une farce. Ca joue et je suis déjà ailleurs. Loin de cette fête. Lancé à bride abattue sur la voie express; plus loin, dans la sierra. Un autre jour dans une ville où tout m’attend : un trésor, une femme, un cheval. Juste un motel. Je suis trimardeur - outlaw, fiancé d’une Winch chargée…
No saloon gonna mislead me
No woman gonna see me down on my knees
No money gonna give up my soul for
A lone wolf under the stars
I was born to kill and run
No woman gonna see me down on my knees
No money gonna give up my soul for
A lone wolf under the stars
I was born to kill and run
Sous l’essuie glace de ma Twingo m’attendait un amende trempée par la pluie. La contrebasse résonnait encore, chaude. Une complainte d’harmonica sur le trottoir mouillé, et cette voix flottant comme un fantôme.
Le Sheriff a gagné.