
Encore un joli temps de merde sur notre belle cité communiste. Pas à dire, je me suis trouvé un chouette boulot alimentaire : bouquiniste dans une station balnéaire, fallait vouloir le faire. Je glisse Is it because I’m black de Syl Johnson sur ma platine en me disant qu’un supplément d’âme sera pas de refus en ces temps de crise. Je devais quand même en avoir un sacré coup dans la caisse quand j’ai signé pour un bail dans cette station résignée. Ca laisse du temps pour regarder pisser les chiens mouillés sur la place Saint-Rémy.
Je sais bien que je devrais faire des étagères plutôt que de coller sur mon écran à deviser plus ou moins gaiement. Mais j’ai le sens du rythme. Quand les eaux montent, le bateau s’élève. Qu’est-ce que ce goût immodéré pour les clébards ? Je n’ai qu’une réponse : on aime ce qui nous ressemble. Voilà des bestioles nées pour répondre aux sifflets, aux injonctions de toutes sortes, prêtes à tout pour une tape sur la tête, une bonne gamelle bien pleine et qui ne rechignent à ronger un os de quelque provenance qu’il vienne. Il a le goût de la lèche mais ne dédaigne pas aboyer pour faire comme les copains quand il s’agit de chasser l’étranger. Pas plus couard qu’un clébard laissé à lui-même et il y a pas plus grande gueule quand son maître tient serré la laisse. Parce que quoi qu’on en dise, le clébard, il aime ça, la laisse. C’est même à ça qu’on reconnaît le loup du chien : son goût immodéré pour l’autorité. Je me rappelle d’un boxer qui foutait les foies aux gamins (moi compris) qui rentraient du collège. Il était lâché sur les gosses comme une arme chargée. Une fois la menace passée, on se marrait. Parce que c’est bon quand t’es gamin de courir plus vite que l’autorité. En vieillissant, tu cours moins vite sans doute ; il est evidemment plus simple d’aimer l’autorité que de s’entraîner à courir. Comment peut-on oublier à tel point que l’homme est né pour courir ?
Mais bien plus profondément, le chien est le symbole du goût humain pour l’asservissement volontaire. A croire qu’obéir représente le pied suprême. Le philosophe Robert Dany Dufour a écrit un bouquin intéressant là-dessus. Sa théorie consiste à dire que l’homme né prématuré, petite larve molle, continue à avaler les conneries métaphysiques et morales de la même manière qu’il ingérait les substances nutritives pompées du cordon ombilical. L’homme, jamais fini, aspire à l’achèvement, au systématique, d’où sa passion du maître.Alors, je vous connais, vous vous dîtes : « il y a une bien trop grande gueule celui-là. Pour qui se prend-il ? » eh bien, je vais vous le dire. Sur ma planète, les enfants restent une semaine de plus dans le ventre de leur mère, je suis donc un peu plus fini que la plupart d’entre vous. Alors, autant vous dire que l’autorité, je m’en bats les couilles.


Eddy Mars
A lire : "Chien Blanc" de Romain Gary, l’histoire, dans les années soixante, d’un chien dressé pour tuer les noirs.
A voir : le spectacle BleiB (24/03, 21 h) et la conférence de Dufour (22/03, 18 h) à la Scène Nationale de Dieppe, dans le cadre du festival VISU (merci à Florent, pilote-com de DSN et fan de CALEXICO)
http://www.dsn.asso.fr/
A voir : le spectacle BleiB (24/03, 21 h) et la conférence de Dufour (22/03, 18 h) à la Scène Nationale de Dieppe, dans le cadre du festival VISU (merci à Florent, pilote-com de DSN et fan de CALEXICO)
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