EN COURS DE NATURALISATION

lundi 31 mars 2008

PUTAIN. PLUS DE MARCHE ARRIERE. NO MORE



D’abord coller le Spencer Davis Group sur la platine. Hier matin, vers midi, je descends chercher de la bière dans le frigo de ma boutique. J’aime bien picoler tranquille quand je fais la cuisine et j’aime cuisiner le dimanche matin. Ok, j’aime bien picoler le dimanche matin. Je me gare comme une catin sur le trottoir, pare-chocs avant collé sur le panneau de sens interdit. Au moment de repartir, plus de marche arrière. Je tapais contre le panneau. Boum ! boum ! boum ! Obligé de pousser ma bagnole devant le regard amusé de la tatoueuse de rêve qui passait par là avec son nouveau baltringue. J’étais aux anges. Parce que ça y était, les mecs, Eddy Mars s’était payé un dragster avec couchette à l’arrière (manquerait plus que je couche à la dure, moi, le disquaire du futur)! Highway Star parce qu’il y a pas de hasard.

dimanche 30 mars 2008

BACK IN THE WOMB- ROAD IS DARK by Fred LARSEN

D’ordinaire ce n’est jamais facile, à cause des réverbères qui donnent comme des projos sur ma chambre. Mais quand la lune se met de la partie j’abandonne; je rêve en surexposé, impossible. Alors je me lève. Je me sers une tasse de lait de vache, aussi blanc que ma nuit, que j’avale avec la lippe dans mon canap’.
Invariablement, dans ces moments difficiles, me revient en mémoire la nuit la plus noire de ma frêle existence. La nuit du 10 Août dernier. J’étais descendu en ville pour le concert de Mademoiselle K. J’ignorais tout du groupe, mais un type me l’avait vaguement recommandé. Il faut, par principe se méfier des recommandations, même vagues, mais c’était un été de merde et le show était gratuit.
La nuit tombait sur le quai Vauban, surplombant le bassin de plaisance, lorsque le groupe s’est installé sur scène. Elle s’est approché du micro, sexy comme un coup de 220 - a - t - elle dit quelque chose ? Ou s’est - elle contenté de revêtir sa gratte avec un air pas commode ? J’ai flairé l’embrouille tout de suite : Fécamp est plus porté sur la morue que sur les demoiselles à six cordes. Mais on avait affaire à plus dur que nous.
Trois titres, et tout le monde avait pigé. Cela gueulait et battait franchement des paluches. Sur l’échelle de cette ville, c’était une putain de magnitude. Nous assistions à quelque chose de fort. Pas de mélancolie, pas de spleen. Rien d’autre que de la vie, passée à la machine à nerfs. La vie que tu tutoies d’entrée de jeu et que tu ne quittes plus des yeux, droit dans tes bottes, une guitare dans les mains. Si t’as le cul entre deux chaises, get lost!
La voix suave et cassée de la demoiselle K, toujours sur le point de s’évanouir ou de se déchirer, emmenait le groupe, enchaînant les titres qui se déversaient en cascade de mauvaise humeur dans le bassin. J’en avais plein les feuilles de cette voix qui cherchait des crosses. C’était le chaos dans les reflets des lumières du port, à la surface d’une eau qui semblait vouloir reprendre ses droits à la pénombre. La mer avait doucement monté sous un ciel qui s’était couvert. Tout conspirait.
Je me demandais comment ils allaient pouvoir conclure un tel set, quand ils entamèrent un morceau dément qui m’explosa directement dans les neurones en une sombre fulgurance. A en juger par les cris qui fusaient, je n’étais pas le seul dans ce cas. Nous n’avions plus qu’à nous laisser porter par ce son étrange. Les trois « cordes » se baissèrent, lentement, jusqu’à s’asseoir sur la scène et disparaître de ma vue. Je ne distinguais plus que la faible lueur bleue des projecteurs qui ruisselait dans la nuit. Le son se mua en une vaste vibration atmosphérique; une vague grosse de riffs saisissants de beauté. Dix minutes, un quart d’heure ? Ce morceau était un univers qui m’avait ravi au temps. Plus de colère désormais. Les guitares enflèrent en accord impeccable dans un crescendo doux et puissant, puis se laissèrent retomber dans la bruine, nous tenant toujours médusés. C’était beaucoup trop. Suffocant, je tentai de m’esquiver, mais mon regard ne rencontra que la nuit. La ville était plongée dans le noir. Le bassin s’ouvrait comme un gouffre ténébreux, insondable. Plus une lumière sinon celle de la scène qui s‘offrait comme ultime nid de vie dans la tension déchirante, interminable, de la dernière distorsion. Elle s’éteint comme s’éteindrait la lueur lointaine d’une étoile.
Le cœur serré, je perçus un bruit étrange, celui d’une voile au vent. Jaugeant l’obscurité je les aperçus : Mouettes, goélands, corbeaux. Par centaines. Posés sur les réverbères, les murs, les toits. Ils s’envolaient en ordre pour venir grossir une ronde bruissante au-dessus de la scène. Lorsqu’ils furent si nombreux qu’ils obstruaient la lune, il en surgissait encore des ténèbres.

vendredi 28 mars 2008

Fais pas confiance à quiconque a des ongles


Le premier bouquin qui marque ma vie d’homme, si je réfléchis, et le matin c’est plus facile, c’est « l’épopée d’un buveur d’eau » d’Irving. J’étais objecteur de conscience à la fac. J’ai tellement ri pendant la surveillance d’un examen que j’ai du noter sur le tableau le titre et le nom de l’auteur. J’aurais préféré noter le numéro de poste de mon bureau.

Si l’on me demande quelles furent mes deux meilleures années, je répondrais celles-là. J’ai tout découvert en même temps : l’herbe, Bukowski, Fante, le sentiment d’être écrivain…enfin bon, tout ça, c’est à chier. Les souvenirs, c’est toujours de la merde. On prend ce qui nous intéresse dans le maelström et on compose un tableau selon l’humeur du moment. Pas de vérité dans le souvenir, si tu veux la vérité, faut cracher le présent et parfois un peu l’avenir. Tout ce que tu peux sentir du bonhomme qui lâche ses souvenirs, c’est ce qu’il pense là, pourquoi il écrit çà maintenant. Qu’est-ce qui me prends de parler de mes années d’objo. J’ai vendu un bouquin de Fanté aux Etats-Unis pendant que je dormais. Fanté, c’est ma jeunesse et la sienne. Je me sentais minable à l’époque, un bon à rien, un vaurien et ça me rendait fort. Invulnérable. Et lui était pareil au moment de « demande à la poussière » je m’emmerdais pas à l’époque, il y avait tant de chose à découvrir, tant de livres à lire, tant de gonzesses à baiser, tant de foutre dans le barillet. Maintenant, j’ai quarante piges, les livres, je les ai pas lu, les gonzesses, je les ai pas baisé et puis le foutre, ben, il a foutu le camps un peu trop souvent dans le vent. J’aimais bien dans les bouquins de Dostoïevski, le mot « perspective » quand il parlait des avenues de Saint-Pétersbourg . c’est un des plus beaux mots que j’ai jamais entendu. Et dans ses livres, il n’y avait que çà. Des perspectives par ci, des perspectives par là. Disons que j’ai plus trop de perspectives alors quand je vends un livre dans l’Oregon pendant mon sommeil, ça m’en ouvre une. Oh, pas longtemps, le temps d’écrire ce ramassis d’âneries qui paiera pas mon loyer mais qui justifie mon existence aux yeux du fils de pute que j’étais à vingt ans, affalé dans son canapé, à fumer et à rêver. C’est pour toi que j’écris, trou du cul, et ça fait déjà un moment. L’avantage, c’est que tu débouleras pas à la boutique avec un pack de douze pour que je te refile des tuyaux sur l’art d’écrire cash. Parce que t’es mort et que tu le sais pas encore.

Eddy MArs

mardi 25 mars 2008

MEMO 5 : FROM MArs to SoUL

right stuff !

mEmO 4: From Soul to Mars

elles sont dans un sac plastique au congélo!

MEMO 3: FROM MArs to Soul

t'as une photo de tes phalanges ?

mEmO 2 : From Soul to Mars

2 phalanges pêtées après lui avoir serré la paluche (je me demande comment il fait pour jouer de la gratte avec des doigts comme une saucisse de Morteau!)

MéMo 1: From Mars to Soul

good job, Soul.
P.S/ si t'as gardé le billet ou quoique ce soit qui te rappelle cette soirée, scan and go !

TONY JOE WHITE en LIVE: PUTAIN DE PRINTEMPS par SOUL FRANCISCO

Théâtre d’Abbeville -Vendredi 21 mars 2008 –

16h30 : je quitte mon boulot en trombe, calé derrière le volant de mon frêle esquif j’affronte difficilement la tempête qui fait rage, une bourrasque démentielle faillit stopper mon voyage en plein milieu du Pont de Normandie…Putain de Printemps !
Mon pote me choppe sur le parking de l’église de la radieuse bourgade d’Etainhus (non, ce n’est pas une contrepèterie…) puis nous filons vers le nord, à 2 on est plus forts.


19h30 : au pied du théâtre nous rejoignons mon frère, puis, sous prétexte de régime végétarien nous nous éclipsons afin de diffuser quelques senteurs exotiques dans le ciel tourmenté de la (presque) capitale picarde…
Les yeux rougis par la brise (?!), je me retourne et tombe sur un géant chapeauté d’un énorme Stetson noir : Tony Joe sort sa guitare du coffre de la diligence. Le géant nous sourit, pas farouche le « poor lonesome cowboy », puis nous tend la main, il broie la mienne.

Nous échangeons quelques considérations philosophiques: « happy…nice to meet you…great!…Marlboro …thank you! » puis nous donne rendez-vous plus tard, dans la chaleur du théâtre : les génies du marais sont avec nous.


Après Washboard Chaz et son blues roots en guise d’apéro, la lumière se tamise : une ombre se glisse de derrière les épais rideaux noirs vers une chaise, le « renard des marais » s’assoit, jauge le public à travers ses lunettes noires puis nous rassure d’un sourire ravageur.
Il allume son ampli, ajuste son harmonica, fait glisser la sangle en peau de crotale de sa Strat’ usée, approche son visage buriné du micro…la voix est sublime : profonde, chaude, veloutée comme un chocolat chaud hivernal, bu en regardant la Manche déchainée…
Rich woman blues, High Sheriff of Calhoun Parish… sublime!

Le batteur s’installe derrière ses fûts sous l’œil goguenard du Géant, le maitre de cérémonie le présente et nous précise que ce soir il n’y aura pas de set list, c’est le public qui choisit le programme !
Mes 2 neurones se mettent alors en marche, je crie : Roosevelt and Irma Lee, Tony l’entame illico presto…


1h30 de rêve : Lake Placid blues, le « tubuesque » Polk salad Annie, Tony me remercie lorsque je crie Soul Francisco (son premier succès…1968)…le duo guitare-harmo-chant/batterie est atypique et néanmoins phénoménal, le groove est infernal, il fait chaud, ça y’est je suis en pleine Louisiane au milieu du « swamp », encerclé par des crocos affamés…dieu soit loué ! Tony Joe les éventre à grands coups de riffs métalliques leur balançant des giclées de wah-wah dévastatrices…calmés les sacs à main !
Puis le géant nous laisse, haletants, et disparaît derrière le rideau…
La foule gronde, les pieds frappent le parquet…ENCORE ! Le duo revient, Tony Joe nous dit qu’il trouve la salle magnifique et le public extraordinaire… et entame Rainy night in Georgia ,mes yeux rougissent et s’embuent : ce n’est ni le vent, ni les fumées exotiques…

Soul Francisco.

samedi 22 mars 2008

PETITE ANNONCE DIEPPOISE


CHANTEUR PROLO CHERCHE GROUPE DE PURS ENFANTS DE SALAUDS. S'ADRESSER ICI.

ALLELUYA JE NE SUIS PAS UN BOURGEOIS (ode dédiée à Saint-Simon)

Il y a des révélations qui vous marquent plus que d’autres. Aujourd’hui, j’ai la putain de pêche. Je me suis réveillé un peu ankylosé de la veille. Devil Jack Daniel était de la fête. Le vent soufflait fort ; Le flash était là ! Tout s’expliquait, se mettait en place, le pourquoi du comment, c’était tellement évident et m’attendait depuis si longtemps : « Je ne suis pas un bourgeois ! » 39 ans et toujours vivant. Ces enfants de salauds ne m’avaient pas encore eu. Cela dit, c’est pas passé loin mais j’étais toujours champion de l’esquive. J’aurais pourtant pas donné cher de ma peau tant ces chiens étaient nombreux et sûrs d’eux. Ils ont le pognon, la culture, la main basse sur l’état, sur ce qu’il faut dire ou pas dire, enfin, bon, je me suis dit, faut la faire à leur manière. Chez les romains, tu fais comme les romains. Mais que m’importe de crever dans la peau d’un bourgeois. Je suis un fichu gitan et tu ne me connais pas. Ah que c’est bon de pisser à la raie de toute cette clique de bien-pensants. Et si je peux leur tirer un billet, c’est la fête. God Bless America !



Mais c’est quoi, un bourgeois ?

Un bourgeois C’est content d’être là
Un bourgeois c’est sûr de la loi
La loi qui lui sert de Cà.

Ca sera toi ou moi,
Alors Crève, Bourgeois !

eDDy Mars

(Marqué par la haine et fier de l’être)

jeudi 20 mars 2008

L'eddy tôt de 8h45: I'M A WRITER ET JE T'EMMERDE





Envie d’une fichue clope. Je viens de me taper une borne en courant, tout ça, pour me retrouver devant ma machine avec l’envie d’une clope. Eros et thanatos. Courir et mourir. En fait, c’est juste le geste parce que je vais l’oublier assez vite dans le cendrier mais voilà, elle lance la machina, met en route le processus créatif. La putain de blague. Je craque, il me la faut, cette salope. Je me déteste fumer le matin mais je m’aime en écrivain. Ecrivain du matin…

Mais j’aime pas le mot. Ecrivain, ça pue la loose. Ca pue la France. Moi, je veux être a Writer. Voilà ! Je veux que mes mots soient des marteaux.

On a jamais vu ça, je vais avoir quarante ans. Encore quelques années et on me transformera en bouffe pour chiens. Je hais les clébards. Avant, je me disais : « non, mec, c’est les propriétaires de clébards qui sont cons. La pauvre bête y est pour rien » Mon cul, oui ! Cette saleté de bestiole est 100% responsable d’être une saleté. C’est cette gamelle, cette putain de gamelle. « il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » Va chier !

Les indiens bouffaient les chiens. Ca me fascinait, gamin. Ce qui me plaisait, c’était la têtes des blancs quand on leur servait du cleps. Sacrilège ! Enfant, j’ai eu un chien. Un nid d’emmerdes. Il était mieux traité que moi. J’enviais cet enfoiré qu’avait pas besoin d’aller à l’école, qui pissait où il voulait et aboyait quand ça lui plaisait. Il faisait la loi. Comment peut-on aimer autant les patrons qu’on en ramène un chez soi ?

C’est vrai, j’aime avoir des ennemis. J’en ai besoin. C’est en eux que je me reconnais. J’ai un chien à l’intérieur. Tu peux l’appeler Reconnaissance, obéissance ou abstinence, il viendra car la laisse est courte et c’est lui qui la tient.

« Quel rapport avec la clope ? » tu vas me dire, l’ahuri. Si t’as pas encore compris que je fume pour pas te foutre mon poing dans la gueule, chien de terrien…

eDDY MArs

lundi 17 mars 2008

MORIARTY : "WHEN THE CIRCUS COMES INTO TOWN" par Fred LARSEN


Un rédacteur, même s’il n’est qu’un nihiliste aux ailes clouées aux portes de l’ennui, ne lâche jamais la bride. Il se contente de décrocher le téléphone, en ce Vendredi 14 Mars, au matin. L’injonction est lapidaire : »Ce soir, Moriarty au Cabaret Electric. Rendu de copie Lundi. Pas de bonne note à la clé. »
Assis au comptoir du Funiculaire, la nuit et la bière m’imposaient un constat sans appel. 33 ans, 30 dents mais un peu schyzo, à la colle de mes vieux et le cœur en berne, j’avais jamais foutu ce coup de poing dans la gueule, le seul qui compte; celui de la délivrance. Pas étonnant qu’il se soit toujours trouvé un boss pour me mettre en servitude. J’avais fait de tout, avais pointé à toutes les sauces, pour me retrouver au bout de la laisse rédactionnelle. Un coup sec dessus : »faut pisser de la copie Larsen! », et me voilà la bite à la main, au boulot. Ma tronche n’était rien qu’une vessie.
Je pointai donc au Cab’ Elec’. Le bouclard n’était ouvert que depuis 20 minutes mais une cinquantaine de personnes, assises en tailleur, monopolisait déjà le devant de la scène. Beaucoup de midinettes encartées chez Marrionaux - bon, pour les photos je devais être au premier rang. Je creusai un sillon en écrasant bien ce que je pouvais. Pure rancœur. Règle n°1 : toujours être en avance. Mais j’avais quelques bières d’avance.
En première partie, c’est Shubni, un artiste du coin qui a tenté d’enchanter les midinettes avec ses jolis « refrains perdus ». En dépit de certains textes manquant de force et une tendance à abuser du humming, cet homme seul nous a interprété une folk léchée avec un jeu de guitare sensible et fort évocateur, que je laissai flotter gentiment dans ma tête durant la pause. Probablement pour étouffer le mépris que m’inspiraient les beaufs qui n’avaient pas même daigné se lever pendant son set. Ils retrouvèrent leurs jambes pour accueillir les membres de Moriarty.



Moriarty c’est un univers qui vous submerge tout de go. Chaque instrument semble n’y vouloir chanter que sa propre solitude, une solitude de desperado, mais un étrange paradoxe les réunit dans la composition d’improbables scènes d’un Western intemporel. Batterie, guitares acoustique et steel pour le parfum; pour la couleur : harmonica, contrebasse et voix. Une voix dont Rosemary Moriarty ne libère la virtuosité qu’avec mesure, ce qui en renforce les effets.
La folk de la famille Moriarty vous propulse dans le mythe hérité des cirques de l’Ouest. On y interprète la comédie humaine en alternant des balades mélancoliques sur l’errance, le départ pour la guerre ou la dernière heure d’un soldat ( le somptueux Cottonflower) avec des morceaux à l’humour un peu déglingué, toujours décalé. Voire franchement surréaliste, comme la reprise de Words are very unnecessary de Depech Mode dédiée à une tête de chevreuil empaillée que la chanteuse berce sur son sein (le gauche). Sur l’autre repose ma tête. Sous le charme mais jamais à l’aise. Moriarty interprète le grand foutoir, une farce. Ca joue et je suis déjà ailleurs. Loin de cette fête. Lancé à bride abattue sur la voie express; plus loin, dans la sierra. Un autre jour dans une ville où tout m’attend : un trésor, une femme, un cheval. Juste un motel. Je suis trimardeur - outlaw, fiancé d’une Winch chargée…


No saloon gonna mislead me
No woman gonna see me down on my knees
No money gonna give up my soul for
A lone wolf under the stars
I was born to kill and run



Sous l’essuie glace de ma Twingo m’attendait un amende trempée par la pluie. La contrebasse résonnait encore, chaude. Une complainte d’harmonica sur le trottoir mouillé, et cette voix flottant comme un fantôme.
Le Sheriff a gagné.

samedi 15 mars 2008

MEMO : FROM MArs to LARsen



y a plus grand-chose qui me relie à cette planète, mec. C'est comme ça. Ni elle, ni moi n'y pouvons rien.

Les gens me sont plus ou moins indifférents. Je les regarde comme des insectes mais c'est moi qui suis dans le bocal à prier pour que la paroi de verre de cède pas sous la pression. Je descends toujours plus bas comme pour prendre mon élan mais le coeur n'y est pas. Ce CROAAK, c'est mon dernier cri. J'aimerais qu'il sonne comme un éclat de rire mais je n'y crois guère. Ca sent le vieux râle.

ce type assis sur une malheureuse chaise, les épaules basses, dans une station service, c'est moi. on comprends bien que la décapotable n'est pas à lui, qu'il n'appartient pas au personnel. Il est juste là parce qu'il s'est trouvé une chaise sur la quelle s'asseoir. Il exprime la lassitude de l'homme jeune devant tant de choses qui ne le concerne pas.

je me souviens de choses qui datent de si longtemps. Toutes ont trait à l'innocence des gens méchants. L'ennui rend l'âme cruelle et pourtant je ne me sens pas si méchant, ni si innocent.
En vérité, rien n'excite plus ni ma curiosité ni ma colère. Ce que je recherche n'existe pas et ce n'est moi qui l'inventerai. Ce serait mensonge.

je vais rentrer sous la pluie ce soir. je vais me trouver un fauteuil où me carrer. Et je vais attendre que la marée monte.

et elle montera.
Elle monte toujours.

je ne m'interesse pas aux questions materielles, Fred. La matière, c'est l'enfer. Et moi, j'irais au paradis parce que l'enfer c'est ici.

demmerde toi avec ton appareil photo numérique.
je suis ton rédacteur, pas ta mother
Et je veux ton article pour lundi.
CQFD.

Eddy MArs.

From Larsen to MArs

Ca vanne sévère dans la rédaction, dis donc. Je n'ai fait lire à personne, quant au logo pourquoi pas un crapaud bien verruqueux, une bière à la main, à côté duquel se tient un sale corbac, le pétard au bec et vêtu d'un perfecto. Le crapaud, c'est bibi; toi t'es le méchant corbac. Heckel et Crappel, quoi.
Sinon le concert de Moriarty était super, mais j'en chie vraiment trop avec cet appareil de merde. J'ai dû tant mitraillé que j'ai bien cru que le guitariste allait me faire bouffer la bécane; solo sur dents à pivots, yeah. Existe-t-il des appareils photos qui enregistrent le son ?

vendredi 14 mars 2008

"BLEIB !": Je suis pas couché. Par Eddy Mars.


Encore un joli temps de merde sur notre belle cité communiste. Pas à dire, je me suis trouvé un chouette boulot alimentaire : bouquiniste dans une station balnéaire, fallait vouloir le faire. Je glisse Is it because I’m black de Syl Johnson sur ma platine en me disant qu’un supplément d’âme sera pas de refus en ces temps de crise. Je devais quand même en avoir un sacré coup dans la caisse quand j’ai signé pour un bail dans cette station résignée. Ca laisse du temps pour regarder pisser les chiens mouillés sur la place Saint-Rémy.


Je sais bien que je devrais faire des étagères plutôt que de coller sur mon écran à deviser plus ou moins gaiement. Mais j’ai le sens du rythme. Quand les eaux montent, le bateau s’élève. Qu’est-ce que ce goût immodéré pour les clébards ? Je n’ai qu’une réponse : on aime ce qui nous ressemble. Voilà des bestioles nées pour répondre aux sifflets, aux injonctions de toutes sortes, prêtes à tout pour une tape sur la tête, une bonne gamelle bien pleine et qui ne rechignent à ronger un os de quelque provenance qu’il vienne. Il a le goût de la lèche mais ne dédaigne pas aboyer pour faire comme les copains quand il s’agit de chasser l’étranger. Pas plus couard qu’un clébard laissé à lui-même et il y a pas plus grande gueule quand son maître tient serré la laisse. Parce que quoi qu’on en dise, le clébard, il aime ça, la laisse. C’est même à ça qu’on reconnaît le loup du chien : son goût immodéré pour l’autorité. Je me rappelle d’un boxer qui foutait les foies aux gamins (moi compris) qui rentraient du collège. Il était lâché sur les gosses comme une arme chargée. Une fois la menace passée, on se marrait. Parce que c’est bon quand t’es gamin de courir plus vite que l’autorité. En vieillissant, tu cours moins vite sans doute ; il est evidemment plus simple d’aimer l’autorité que de s’entraîner à courir. Comment peut-on oublier à tel point que l’homme est né pour courir ?


Mais bien plus profondément, le chien est le symbole du goût humain pour l’asservissement volontaire. A croire qu’obéir représente le pied suprême. Le philosophe Robert Dany Dufour a écrit un bouquin intéressant là-dessus. Sa théorie consiste à dire que l’homme né prématuré, petite larve molle, continue à avaler les conneries métaphysiques et morales de la même manière qu’il ingérait les substances nutritives pompées du cordon ombilical. L’homme, jamais fini, aspire à l’achèvement, au systématique, d’où sa passion du maître.

Alors, je vous connais, vous vous dîtes : « il y a une bien trop grande gueule celui-là. Pour qui se prend-il ? » eh bien, je vais vous le dire. Sur ma planète, les enfants restent une semaine de plus dans le ventre de leur mère, je suis donc un peu plus fini que la plupart d’entre vous. Alors, autant vous dire que l’autorité, je m’en bats les couilles.




Eddy Mars

A lire : "Chien Blanc" de Romain Gary, l’histoire, dans les années soixante, d’un chien dressé pour tuer les noirs.
A voir : le spectacle BleiB (24/03, 21 h) et la conférence de Dufour (22/03, 18 h) à la Scène Nationale de Dieppe, dans le cadre du festival VISU (merci à Florent, pilote-com de DSN et fan de CALEXICO)
http://www.dsn.asso.fr/

RADIOSOFA : SO FAR, SO GOOD par Fred LARSEN



En arrêt de travail prolongé, on se raccroche à ce qu’on trouve pour palier à l’insoutenable impression de vide qui vous habite; moi, j’ai choisi de pointer quotidiennement au Café des Sports, où tout le gotha du Fécamp populo se rassemble pour glander et parier dans l’allégresse. Ou simplement lire le canard - ce que je fis en ce matin du 12 Mars, en buvant un café que j’avais commandé le plus pudiquement possible, car, ici, ce qui ne ressemble pas à de l‘alcool froisse les sensibilités. Au détour d’une page, alors que je venais de m’allumer un clope virtuel, je tombai sur l’annonce d’un concert acoustique de Radiosofa au Be Pop Café, au Havre, le soir même.
Voilà. Je n’avais rien demandé, mais j’allais effectuer ma deuxième mission de chroniqueur pour CROAAK, le blog des crapauds du rock. Il me restait exactement six heures pour apprendre à me servir de mon « numérique » et négocier le défraiement du carburant avec mon rédacteur, un nihiliste qui affirme que toutes les journées sont des journées perdues. Ca me laissait peu d’espoir.
Lorsque j’entrai au Be Pop, le groupe commençait la balance ce qui me laissa le loisir de boire un coca en songeant au parcours de Radiosofa.
Thomas Cramoisan et Ludwig Brosch sont le noyau dur du groupe. Ils ont débuté en 1990, à Fécamp, avec les High Humbers (nom originaire des Who, se référant aux t-shirts numérotés que portaient les mods) où ils ont offert de chaudes nuits aux lycéens que nous étions. Puis ils se sont rebaptisés Union Jack et encore Mr Jack. C’est sous ce dernier nom qu’ils ont adopté le line-up actuel, avec Matthieu Pigné à la batterie et Fabien Senay à la guitare, Ludwig passant à la basse et aux claviers, Thomas restant fidèle au poste de chanteur. Sous ce même nom qu’ils nous ont livré un premier album écrit en anglais aux consonances plus « hard » que leurs compositions actuelles. Ces métamorphoses successives ont mené à la naissance de Radiosofa, et à l’album éponyme concocté avec la contribution de Rudy Coclet (Arno, Sharko, SweetJane).
C’est l’ambiance de cet album, une atmosphère d’inquiétante légèreté, que nous a donné à entendre le groupe ce Mercredi soir. Les textes de Thomas (et Ludwig, Respire), heureux mariage de violence et de fragilité,qui laissent parfois flotter un doux parfum de malaise (Au Milieu de Toi; Une Minute; Tumulte), se sont livrés dans toute leur ambiguïté sur un son d’une texture sèche et très rythmée. Je retiendrai une superbe version de Rien que pour toi :


"Rien que pour toi, les deux pieds dans la neige,
Je regarde tomber, des morceaux de lumière
On oubliera la scène, où tu m’as vu pleurer, rien que pour toi,
"


ainsi que la reprise de Paint It Black , sur laquelle s’est achevé le set.
J’attend le prochain avec impatience, ainsi que le prochain album dont Ludwig m’a touché deux mots. Les titres ont été écrits par tous les membres du groupe, soit individuellement, soit à quatre plumes lors d’une session de composition collective de quatre jour, et les maquettes ont été confiées à un producteur parisien, qui a ,notamment, travaillé sur l’album de Mademoiselle K. Ce dernier leur a proposé des idées intéressantes pour faire évoluer leur son, so wait and listen…
Avant de rentrer je m’octroyai une mousse, au frais de la rédaction. C’est d’ailleurs à mon rédacteur que je pensais en la sirotant dans le brouhaha sympathique du Be Pop, car s’il était vrai que toute journée est perdue, je pouvais me satisfaire de ne pas avoir perdu celle-ci pour rien.
Fred LARSEN

mardi 11 mars 2008

Dis, Tonton Eddy, c'est quoi la nostalgie ? par Eddy Mars


Quand l’album “In the darkness of the edge of town “ tourne sur la platine, je ne sais plus trop où je suis. Dans ma Renault 5 en partance pour l’usine et un quart de nuit sur « in the factory », un sandwich dans le sac. Sur l’esplanade ensoleillée de Mers-les-bains, un soir d’été en route pour chercher ma nana, lunettes de soleil à dix francs sur le nez à respirer à plein nez le fait d’être vivant, jeune, puissant et méchant sur « racin’in the streets ». Je passe devant l’hôtel de Londres, face au port et aperçois Jean-charles et Mick, déjà bien entamés, en terrasse, à jouer au dés au lieu de bosser. Je lance un petit geste et continue car ce soir, c’est pour ma nana que je roule. La chanson « candy’s room » me filera toujours le frisson. J’ai à peine vingt ans, je suis si teigneux, comme une lame ouverte sur un poignet d’enfant. Mais elle est là, elle saura panser mes blessures, elle seule sait. Des fois je vois les copains mais déjà je suis loin, je fonce vers l’amour, je suis pleine bourre. Tant pis pour l’usine et ses fours. Ce soir, je serais avec elle à lui pourrir la vie. 20 ans et l’expérience des parents. C’est comme ça qu’on aime chez moi à coups de reproches, les crocs sortis. Je viens de la jungle, baby. Sors moi de là, beauté et je serais comme tu veux que je sois. Sors moi de là et je serais à toi.

lundi 10 mars 2008

CARNETS DE BORD par FRED LARSEN



"je n'ai pas sommeil, je fume et je veille..."
Ca tangue doucement dans les ténèbres
Un Samedi soir à Beyrouth
Venimeuse promesse de guerre
Basses, ça vibre
Tu laisses aller
Défiler des visages bien nourris,
Silhouettes nipées classe
De qui fait affaire de misère, de crasse
Anar mais pas trop tard
Tu es corps perdu
sans papiers pas d'âme, désolé
Ce soir ta colère est Reggae
Peaux, cuivres
Sonnent, battent
La fête, c'est en Portuguais
Car la mort n'est jamais loin
A Fortalerza.

Lavilliers jouait aux Docks hier soir
pour toi.
Lavilliers chantait Le Havre hier soir
Il lui a offert trois rappels
Sois du prochain voyage
Allez Betty, faut pas pleurer

Dis, Tonton Eddy, c'est quoi le ROCK ? par Eddy MARS


D’abord, changer de jeans. Celui-là est trempé par la tempête qui sévit chez moi. Je laisse tourner le dernier album de Ryan Bingham, Mescalito, putain de merveille avec des couilles bien pleines de bonnes choses dedans. Il me fait penser à Mark Curry, ce mec. Le genre à passer son temps à se ramasser pour pouvoir le raconter. Il est bon ce café. Et pis, j’aime bien la fumée qui passe devant mes yeux. D’abord, le rock, c’est de la musique. Moi, j’ai eu trois chocs musicaux.Le premier, vers huit ans, en 1977, quand j’ai vu la pochette de l’album high voltage d’ ac/dc. Mon frère l’avait ramené d’Allemagne. Ce type surpuissant qui tient le micro, c’était Bon Scott. Et puis de l’autre coté, les lettres d’infamie qui couraient sur le compte des membres du groupe. Ces types foutaient la merde. J’avais envie de ça.Le deuxième, c’est Coluche et son album concert, deux morceaux extras : « blues in clermont-ferrand» et « je suis un voyou ». j’avais le même âge, l’âge de rentrer dans la chambre de mon frère pour écouter ses disques : Blue Oyster Cult, Cheap Trick, Molly Hatchet, Scorpion, Ted Nugent, Kiss,..J’ai acheté mon premier disque à 14 ans, c’était « dark side of the moon » j’ai pas super apprécié mais j’étais fier de moi parce que j’avais osé entrer dans le saint des saints, là où mon frère quelques années avant allait s’engouffrer avec ses potes : le Musiclub, seul magasin de disques à quarante kilomètres à la ronde. Sauf que là j’étais tous seul.Et puis, il y a eu 1985. Ma vie a changé du tout au tout. J’ai su qui j’allais être par le plus grand des hasard, au détour d’un café à coté de deux mecs dans le bistrot où j’allais roder. L’un d’eux, les deux finiraient journalistes, se retourne vers moi et me demande si j'étais en mesure d' épeler le mot SPRINGSTEEN . Le mot sentait la fraîcheur personnifiée, printemps et jeunesse. Je m’exécute et je tombe pile poil. Alors, il me dit, comme une récompense à mon sens de l’orthographe : « rate pas les enfants du rock, ce soir. » j’oublie puis rentre chez mes vieux. Il est 19 heures 20 et la bande annonce des enfants du rock rugit. Et je découvre Bruce Springsteen en sueur, devant un drapeau américain, hurlant « Born in the USA » ma peau se couvre de frissons inédits et pour la première fois de ma vie, je me suis pas couché direct et je suis resté à attendre. Je crois bien que j’ai pleuré en écoutant ce mec (je pleure encore, je crois). J’avais 16 ans. Putain, 16 ans. Le lundi suivant, je me suis rué sur le mec et en bafouillant, j’ai dit : « files-moi tout ce que tu as sur Springsteen» il m’a filé des cassettes et j’ai acheté le deuxième disque de ma vie : « born in the USA » et le coffret Live est sorti retraçant ses dix ans de carrière. J’ai mis plus de trois mois pour empiler le pognon, 360 balles. Je passais tous les jours devant la vitrine de Musiclub pour le voir. Les plus belles émotions de ma vie de désirer ce disque comme j’avais jamais rien désiré de ma vie. Quand Springsteen est venu jouer à Paris cette année-là, j’y suis pas allé alors qu’un de mes potes y allait et voulait bien m’emmener mais j’ai pas osé demander la thune à mes vieux et puis, Paris, j’y étais jamais allé, j’avais peur. Alors, ce soir-là, j’ai mis les cinq disques en regardant par le vélux de ma chambre en direction de Paris. J’étais le mec le plus malheureux de la terre. Et c’était bon. J’étais devenu un enfant du rock.Ce qu’il racontait, c’était ce que je vivais, pour la première fois, un mec me comprenait, il était passé par là : une petite ville bidon et coincée, le lycée et ses filles lointaines, la solitude, la frustration, une famille austère de la classe moyenne, une société rongée, un avenir au rabais, une soif de foutre le camps et quelque chose en plus, quelque chose de fort, quelque chose que rien ne pourra jamais t’enlever et qui fera de toi un homme, quoiqu’il en coûte, quelque chose qui te poussera à courir jusqu’à la fin, un born to run till the end : la colère.Voilà ce que c’est, pour moi, ma petite, le rock. C’est la COLERE .

dimanche 2 mars 2008

BLOG'nROCK : FRED LARSEN REVIENT SUR SCENE!


machoire carrée et dents serrées, il déclare : "juste un doigt"
urgences de l'hopital de Fécamp.